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HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

reforme

Débat sur le Notre-Père lors du synode de l'EPUdF,protestant,reforme,religion,

14 Mai 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #reforme, #religion

LE NOTRE-PÈRE EST UNE PRIÈRE OECUMÉNIQUE (PHOTO PRISE À TAIZÉ)© PASCAL DELOCHE / GODONG
DOSSIERSYNODES 5 MAI 2016
Auteurs
Marie Lefebvre-Billiez
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Débat sur le Notre-Père lors du synode de l'EPUdF


L’Église protestante unie de France, réunie en synode à l’Ascension, discute de la nouvelle traduction du Notre-Père, proposée par l'Eglise catholique.


A lire


Ah si nous pouvions parler à Dieu !
Jean-Paul Morley
conférences de carême
Éd. Olivétan, 2007 (épuisé)
96 p., 12,50 €.
La prière fondamentale
Fleinert Jensen-Flemming
Éd. Labor et Fides, 2010
160 p., 18,30 €.
Le Notre-Père,
abrégé de l’Évangile
Louis Pernot
Éd. de Paris, 2011
152 p., 19 €.
Notre-Père, la prière selon Jésus
Antoine Nouis
Éd. empreinte temps présent, 2015
92 p., 9,80 €.
Dieu nous soumet-il à la tentation ? Dans sa nouvelle traduction liturgique de la Bible de 2013, l’Église catholique francophone a modifié un passage du Notre-Père : « Ne nous soumets pas à la tentation » est devenu « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Mais cette nouvelle formule n’est pas encore en usage lors des messes dominicales et ne le sera qu’à partir du premier dimanche de l’Avent 2016, à moins que ce ne soit encore plus tard. Jusqu’à présent, c’est donc l’ancienne formule qui est encore récitée, elle qui avait fait l’objet d’un consensus entre catholiques, protestants et orthodoxes en 1966.


Sollicitée en 2010 par la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France avait répondu qu’elle ne voyait « pas d’inconvénient » à la nouvelle traduction catholique. Pour autant, « chaque Église doit se prononcer pour elle-même », affirme la pasteure Agnès von Kirchbach, rapporteur sur ce sujet pour le synode de l’Église protestante unie de France, réuni à Nancy du 5 au 8 mai. Avec son collègue Christian Grappe de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, elle a rédigé un rapport, dont les conclusions seront soumises au vote du synode de l’ÉPUdF. L’UÉPAL, quant à elle, se prononcera en 2017, dans le cadre des festivités des 500 ans de la Réforme.


La force de résister


« La traduction est difficile et il n’est pas possible de dire exactement, dans des termes non discutables, quel est le sens » de la sixième demande du Notre-Père, analyse Agnès von Kirchbach. « Il serait heureux de suivre la proposition des évêques francophones car elle a plus de souplesse. » Si le synode vote pour, les fidèles de l’Église unie seront amenés à réciter la version remaniée du Notre-Père tous les dimanches matin au culte. Si le vote est négatif, ils garderont l’ancienne version.


Louis Pernot, pasteur de la paroisse de l’Étoile à Paris, auteur d’un livre sur le Notre-Père, est l’un des partisans de la nouvelle formule. « Je ne crois pas que Dieu soit à l’origine de la tentation. Certains y tiennent, et pensent que, quand on est éprouvé, on grandit. Ils citent l’exemple d’Abraham. D’autres sont opposés à cette idée et citent l’épître de Jacques : “Dieu ne tente personne”. Mais on connaît tous les limites des querelles de versets. De mon point de vue, le monde suffit à nous éprouver, Dieu n’a pas besoin d’en rajouter ! » Pour certains, « Dieu est à l’origine de tout ; donc tout ce qui advient est la volonté de Dieu. C’est la pensée de Calvin », mais pour d’autres, « le mal est tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu. Puisqu’il advient, cela réduit la toute-puissance de Dieu. Pour moi, Dieu est puissant sur tout, mais dans certaines limites. On sait très bien qu’il ne va pas transformer un petit pois en Rolls-Royce, par exemple. »


Pour Catherine Zuber, laïque de la paroisse d’Avignon, ancien aumônier de prison, la nouvelle traduction est plus heureuse. « Les détenus se sentent déjà tellement coupables. Ils ont beaucoup de mal à donner du sens à ce qui est arrivé. Nous cherchons à leur présenter un Dieu qui peut nous soustraire à la tentation, quelqu’un à qui l’on peut demander la force d’y résister. »


Pour la bibliste et pasteure Nicole Fabre, aumônier d’hôpital, la nouvelle traduction « va dans le bon sens » mais ne résoudra pas la question fondamentale. « On ne sortira jamais de la question de savoir d’où viennent les épreuves, quelle que soit la formulation du texte. La question est insoluble. Est-ce Dieu qui fait arriver la maladie ? Avec Job, texte précieux à l’aumônerie, tout cela nous échappe, mais on sait qu’on peut vivre ce qui arrive avec quelqu’un qui est réellement là et qui ne se joue pas de nous. » Pour Nicole Fabre, « certes, une fois que je suis sortie de l’épreuve, je peux en faire quelque chose et réaliser ce que cela m’a apporté. Mais quand ça me tombe dessus, cela n’apporte que du non-sens et de la non-vie ».


Le mal et la Création


Flemming Fleinert-Jensen est pasteur de l’Église unie à la retraite, auteur d’un livre sur le Notre-Père, membre du groupe des Dombes. C’est lui qui a été mandaté en 2010 par la FPF, en partenariat avec Jean- François Collange de l’UÉPAL, pour donner aux catholiques un avis sur la formule : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». La conclusion a été : « On peut raisonnablement proposer ce choix-là. » Pour le pasteur, « il n’y a pas de traduction idéale. On peut trouver dans l’Ancien Testament des pages disant que Dieu met l’homme à l’épreuve pour tester la solidité de sa foi. Mais l’ensemble de la Bible indique que ce n’est pas Dieu, mais le diable, qui nous tente. Dieu ne tend pas de piège. Il est là pour nous mettre à l’abri de la tentation, et rester à nos côtés pour qu’on ne tombe pas quand c’est trop lourd. » Pour Flemming Fleinert-Jensen, la tentation dont il est question dans le Notre-Père est celle « d’abandonner, de se dire “à quoi bon ?”, de tomber dans l’incrédulité, de se séparer de Dieu » – le mot « diable » signifiant « celui qui sépare ». Nicole Fabre acquiesce : «La tentation suprême est de croire qu’on est abandonné de tous, qu’on est livré à soi-même. »


Pourtant, parmi les protestants, des voix s’élèvent contre la nouvelle traduction catholique. Jean-Paul Morley, également auteur d’un livre sur le Notre-Père, est très inquiet que le synode de l’ÉPUdF puisse adopter la nouvelle formule. « Non, Dieu ne cherche pas à nous éviter de tomber dans la tentation. Cette dernière est nécessaire. C’est l’Esprit de Dieu qui pousse Jésus dans le désert pour y être tenté, et c’est cela qui le qualifie comme Messie. Sans tentation, sans épreuve, que devenons-nous ? Comment avoir de la compassion pour autrui, si on n’a pas partagé ses souffrances ? Il ne faut surtout pas demander à Dieu de nous éviter la tentation, mais que Dieu nous donne la force de passer à travers ! » Pour le pasteur, « il est nécessaire que le mal fasse partie de la création. S’il ne nous manque rien, nous n’avons pas besoin d’aimer, et nous n’avons pas besoin de Dieu, nous ne tomberons pas amoureux, nous n’aurons pas d’enfant, nous ne créerons ni tableau ni invention médicale. Un monde parfait serait mort, inerte. » Jean-Paul Morley en est persuadé, « ceux que Dieu choisit, il les éprouve ». Que faut-il alors lui demander ? « De ne pas être détruit ou entièrement vaincu par la tentation. »


Blasphème


Frédéric Chavel, pasteur luthérien et professeur de dogmatique à l’Institut protestant de théologie, est également opposé à la nouvelle traduction, qu’il considère comme « une tentative après coup pour nettoyer l’image de Dieu, pour qu’il n’ait aucune compromission avec le mal. On préférerait une répartition claire des bons et des mauvais rôles entre Dieu et le diable ». Mais il n’est pas convaincu. « Le verbe grec signifie clairement entrer dans un lieu ou y conduire quelqu’un, sans préciser si celui qui conduit entre aussi dans le lieu en question. » Pour Frédéric Chavel, « si Dieu a juste un rôle passif de nous “laisser” entrer, il y a non-assistance à personne en danger et cela reste problématique. Et puis, cela donne l’idée que l’homme est fautif. Cela revient à faire peser tout le poids de la moralité sur l’homme, ce qui est contraire à la Bible : elle nous présente à l’opposé un Dieu qui veut décharger l’homme du poids de la faute ».


Pour lui, la nouvelle traduction n’est donc pas du tout consolante pour les personnes dans le feu de l’épreuve. Il dresse un parallèle entre ce verset et le cri de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pour le pasteur, « dans les moments où nous traversons des épreuves, il est difficile d’avoir l’image d’un Dieu bon, et les questions se pressent en nous. Certes, on en appelle à Dieu et à sa bonté, mais on lui en veut aussi, et on a l’impression qu’il est compromis avec le mal. Le cri contre Dieu, ça existe, et il est justement exprimé dans le Notre-Père.


» Oui, c’est blasphématoire, mais le blasphème est une part nécessaire de notre relation à Dieu. À vouloir normaliser l’image de Dieu, on obtient un Dieu bien protégé, mais qui n’est plus ni celui de la Bible, ni celui de la vie quotidienne. »


Frédéric Chavel ne dit pas que Dieu provoque la tentation, mais qu’il faut bien que l’homme puisse le lui reprocher pour la traverser. Au synode de trancher quelle formulation semblera la plus adéquate.


Divers synodes, congrès et conventions concomitants
À l’Ascension, traditionnellement, plusieurs unions d’Églises se réunissent en synode, ou congrès, selon leur vocabulaire propre. Cette année, l’Église protestante unie se réunit à Nancy, sans thème particulier, pour souffler un peu, entre le synode de l’année dernière qui a vu l’adoption de la bénédiction des couples de même sexe, et celui de l’année prochaine, qui célèbrera les 500 ans de la Réforme et adoptera une nouvelle « déclaration de foi ». À Nancy, l’ÉPUdF reçoit la visite de Radia Bakkouch, présidente du mouvement interreligieux Coexister, et se prononcera sur une nouvelle formulation du Notre-Père.


À Pontoise, en région parisienne, la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France réunit ses cadres et pasteurs en congrès, sur le thème : « Sauvés pour servir ». Suivront deux jours de convention, sorte de « Baptistes en fête », qui devrait rassembler 800 participants, adultes et enfants. Au programme : les interventions des pasteurs irlandais Paul Reid et rwandais Eleazar Ziherambere ainsi que de très nombreux forums sur des thèmes aussi variés que l’écologie, l’action sociale, la vocation missionnaire ou encore l’implantation d’Églises. Lors de ce congrès, le lien entre la FEEBF et la FPF sera largement débattu. Enfin, l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France organise également une convention nationale à l’Ascension, sur le thème de la jeunesse et de l’écologie.
M.-L. B.

http://reforme.net/une/theologie/debat-pere-lors-synode-lepudf

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Les lanceurs d’alerte sont les prophètes d’aujourd’hui,protestant,reforme,

14 Mai 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #reforme

LE PROCÈS DES LANCEURS D'ALERTE DE L'AFFAIRE LUXLEAKS A DÉBUTÉ LE 26 AVRIL 2016 AU LUXEMBOURG© PHILIPPE BRIQUELEUR/L'EST REPUBLICAIN/PHOTOPQR/
JUSTICEBIBLE & ACTUALITÉ 5 MAI 2016
Auteurs
Anne-Sophie Hahn
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Les lanceurs d’alerte sont les prophètes d’aujourd’hui


La pasteure Anne-Sophie Hahn souligne le courage des lanceurs d'alerte qui prennent le risque de se retrouver isolés, devant la justice ou dans l'illégalité.


Ils s’appellent Antoine Deltour (photo) et Raphaël Halet, ils sont jugés cette semaine au Luxembourg et encourent jusqu’à 10 ans de prison pour « vol, violation du secret professionnel, accès frauduleux dans un système informatique, blanchiment et divulgation de secrets d’affaires », dans l’affaire « Luxleaks ». Ce sont des lanceurs d’alerte.


Des hommes et des femmes qui ont choisi de dénoncer plutôt que de se taire, quitte à entrer dans l’illégalité. En effet, pour ceux qui souhaitent apporter leur contribution à la justice sans rechercher ni gloire ni bénéfice personnel, les conséquences sont souvent dramatiques : mise au placard, perte d’emploi et de ressources, mais aussi menaces et même procès sont le lot de ceux qui élèvent leur voix contre des géants de l’économie ou de la finance.


Antoine Deltour contre PwC (1) c’est David contre Goliath !


C’est que la loi française ne prévoit rien pour protéger ces personnes. Et le statut de « lanceur d’alerte » dans la législation française est limité aux domaines de la santé publique et de l’environnement (loi Blandin de 2013). Le Conseil de l’Europe en 2014 définit le lanceur d’alerte comme « toute personne qui révèle des informations concernant un préjudice pour l’intérêt général ». Mais seuls quatre pays européens ont une législation qui leur garantit une protection.


Une loi qui permet la fraude et punit ceux qui dénoncent l’illégalité, voilà bien qui va à l’encontre de mon idée de la justice. Pour autant, j’entrevois aussi toute la complexité de cette question sur le plan juridique, autour de notions aussi délicates que l’intérêt général, la délation, le secret professionnel, etc.


À contre-courant


On ne peut donc aujourd’hui que saluer le courage de celles et ceux qui s’exposent, prennent des risques, sans rien gagner, motivés par leur idée de la justice. Ils me font penser à ces veilleurs, placés par le Seigneur sur les murailles de Jérusalem : « Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs, de jour et de nuit, jamais ils ne se tairont. » (Esaïe 62,1-12).


Si les veilleurs dont il est question chez Esaïe ont pour mission d’annoncer le rétablissement du peuple bien-aimé de Dieu, d’autres ont été appelés à s’élever contre l’injustice, contre les comportements inappropriés de rois ou d’autres puissants. Souvent, ils ont été la voix qui crie dans le désert, seuls face à leurs propres Goliaths. Souvent aussi, ils ont d’abord pensé à fuir leur mission, je pense à Jérémie ou à Jonas. Mais ils ont finalement été portés par la vocation qui leur a été adressée, et ils ont lancé des cris d’alerte.


Cette vocation, Michée l’exprime en ces termes : « On t’a fait connaître, ô humain, ce qui est bon. Or, qu’est-ce que le Seigneur réclame de toi, si ce n’est que tu agisses selon la justice, que tu aimes la fidélité, et que tu marches humblement avec ton Dieu ? » (Michée 6,8).
S’engager dans cette voie, c’est bien souvent nager à contre-courant. C’est risquer l’impopularité et un certain isolement.


Le premier des veilleurs


Les lanceurs d’alerte sont-ils les prophètes d’aujourd’hui ? Certains travaillent dans des banques ou des cabinets d’avocats, d’autres s’engagent sur change.org, sont membres de l’ACAT, d’Amnesty, ou du Défi Michée. Tous sont des anonymes, des « petits » qui agissent là où ils sont, parce qu’il leur est impossible de ne pas le faire. Et quelquefois leur cri déplace des montagnes. Notre monde a besoin d’eux. Pourtant leur place reste la même qu’il y a 2 000 ans : à la marge.


Mais n’est-ce pas là, du haut des murailles d’enceinte, aux frontières des villes et des royaumes, qu’est la place des veilleurs ?


Et si l’on en croit Jérémie, celui qui veille, c’est d’abord le Seigneur lui-même. « Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : Je vois une branche de veilleur. Alors Yahvé me dit : Tu as bien vu, car je veille sur ma parole pour l’accomplir. » (Jérémie 1,11-12).


(1). PwC : PricewaterhouseCoopers, cabinet d’audit financier qui a conseillé Apple, Ikea ou Pepsi pour une « optimisation fiscale » leur permettant d’« économiser » des milliards d’impôts.

http://reforme.net/une/religion/lanceurs-d-alerte-sont-prophetes-d-aujourd-hui

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Marion Muller-Colard : "La démocratie et l’Évangile ne peuvent vivre qu’en milieu ouvert",protestant,religion,reforme,democatie,

2 Mai 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #religion, #reforme, #democratie



SOCIÉTÉPOLITIQUE 28 AVRIL 2016
Auteurs
Antoine Nouis
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Marion Muller-Colard : "La démocratie et l’Évangile ne peuvent vivre qu’en milieu ouvert"


Lorsqu’un prophète biblique et le maire d’une moyenne commune interpellent une théologienne dans ses choix de vie, cela donne un livre qui incite à ne pas laisser le politique aux professionnels.


À lire


Le Complexe d’Élie
Marion Muller-Colard
éditions Labor et Fides,
petite bibliothèque
de spiritualité, 2016
175 p., 16 €.
Questions à Marion Muller-Colard ; écrivain et théologienne protestante


On perçoit dans votre livre un parcours qui va du rejet de la politique au retour du politique, comment l’avez-vous parcouru ?


Tout dépend ce qu’on appelle « politique ». Si l’on parle de la scène politique française et de ses méandres actuels, je ne parlerais pas de rejet, mais de lassitude. Tendre l’oreille à droite, puis à gauche, espérer, adhérer, être déçue, me dire que je n’ai pas toutes les cartes en mains, me méfier des médias et finalement me méfier de tout discours, ne plus lire les programmes tant j’ai conscience qu’ils sont davantage le fruit d’une étude marketing que d’un véritable projet…


Oui, cette politique-là me lasse. Mais si j’entends « politique » dans son sens grec, repris par Hannah Arendt, à savoir le désir et l’effort que génère sans cesse le fait que nous sommes plusieurs, alors cette dimension politique de ma condition humaine, je ne peux ni la rejeter ni y revenir : je la vis, elle est ontologique à mon espèce.


Vous citez souvent Hannah Arendt, qu’a-t-elle apporté à votre vision de la politique ?


Elle m’a apporté la conscience de la dimension politique de toute vie humaine. On ne peut pas se soustraire à ce qu’elle appelle « la fragilité des affaires humaines ». Essayons de nous en prémunir, de la nier, de l’éloigner, et elle reviendra frapper à notre porte, nous convoquer invariablement. Ou alors : construisons une vie délibérément et exclusivement privée, ignorons la dimension publique de nos vies, et alors renonçons à jamais à nous réjouir, à nous révolter, à participer à quelque chose de plus vaste que notre seule vie individuelle. Il nous restera alors comme projet : la survie matérielle, l’affect qui nous lie à notre petit cercle relationnel, et le divertissement.


En quoi la rencontre avec celui que vous appelez Jo a-t-elle modifié votre regard sur la politique ?


Jo Spiegel est venu me chercher précisément à l’endroit de ma lassitude. J’entendais parler de lui, un « homme politique » dont on me disait essentiellement du bien, et tous mes marqueurs de méfiance et de cynisme étaient en alerte. J’ai accepté de le rencontrer pour une raison que je raconte dans le livre : lorsqu’il a pris l’initiative de notre premier contact, au téléphone, il a pleuré. Il était dans la fragilité, il cherchait ses mots. Il avait été touché par mon livre L’Autre Dieu. Il n’y avait pas de discours, mais de la chair, du souffle, de la subjectivité. Je n’avais pas « un homme providentiel » de plus devant moi. J’avais juste un homme qui assumait son tâtonnement, son émotion, sa fragilité.
Et cela dessinait déjà une tout autre image de la politique. Plus un homme providentiel, mais chaque homme, chaque citoyen, porteur d’une part de providence.


Il faut mettre de la transcendance dans le politique, vous a dit Jo.


C’est lors de ce premier coup de fil qu’il m’a dit cette phrase énigmatique. À défaut de pouvoir dire avec fidélité ce qu’il entend par là, je peux dire ce que j’en retiens. La transcendance, c’est la conscience de se savoir traversé par quelque chose d’autre que soi. L’humilité de se savoir redevable – de savoir que je ne suis ce que je suis que parce que je suis « traversée ». Par Dieu, et par les autres : leurs propres inspirations, leurs visions, leurs colères, leurs désirs. Je fais souvent cette prière à Dieu en lui demandant de me compléter. La transcendance en politique, ce pourrait être d’adresser cette prière aux autres. Au lieu de « détenir » le pouvoir, le partager avec d’autres et leur dire : « Complétez-moi ».


Pourquoi avoir appelé votre livre Le Complexe d’Élie ?


C’est la parole d’Élie dans le désert qui m’a inspiré ce titre. Lorsqu’il désespère et dit : « C’en est trop ! Maintenant Éternel, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères. » (1 Rois 19,4). Je me suis dit : voilà bien le complexe de toute ma vie ! Ne plus rien oser entreprendre, car je ne sais pas comment m’y prendre. Mettre des enfants au monde dans l’angoisse que leur avenir soit pire que notre aujourd’hui, et ne pas savoir pour qui voter pour leur offrir un monde vivable… Alors, comme Élie, je me suis réfugiée dans une grotte. Avec mon mari, nous avons retapé une vieille grange de moyenne montagne, isolée dans une clairière, inaccessible en voiture. Par désir, mais aussi par défiance, par méfiance, par peur de l’avenir. C’est sur ce choix que je reviens.


Votre réflexion vous a-t-elle conduit à avoir un regard plus indulgent sur nos dirigeants politiques ?


Je ne suis pas une spécialiste de la vie politique. Ce que j’ai appris en côtoyant Jo, c’est que tout humain doit être à sa mesure un spécialiste de la vie politique. Or, nos dirigeants ne nous encouragent pas à cette participation, à cette responsabilisation. Il ne s’agit pas d’être indulgent ou pas, il s’agirait déjà, basiquement, d’être en relation. Si Jésus lui-même vient m’encourager à me tenir debout, me mettre en marche, assumer de prendre ma part et de dire « je », comment prendre au sérieux un leader qui ne me parle que de ses décisions pour essayer de me convaincre qu’il fait bien son boulot ?


Ce que je comprends, c’est qu’un véritable homo politicus est celui qui fait émerger, en chaque citoyen, un autre homo politicus. Nos dirigeants politiques font de la politique, et moi j’aimerais plutôt qu’ils fassent de moi une femme politique.


Quel lien faites-vous, au final, entre politique et spiritualité ?


Ce qui m’a fascinée dans nos échanges avec Jo, ce sont les analogies entre les maladies de la foi et les maladies de la vie politique. J’entends, dans ma lecture de la Bible, un Dieu qui partage avec nous le pouvoir, qui nous en croit dignes, qui nous désire responsables et je nous vois préférer construire une Église qui invente des dogmes, des hiérarchies, des spécialistes...


Tout un système qui, comme sur la scène politique, permet à ceux qui jouissent du pouvoir de jouir tant qu’ils peuvent, et à ceux qui, comme moi, souffrent du complexe d’Élie de se défausser. Il n’y a pas plus de spécialistes de Dieu que de spécialistes de la « fragilité des affaires humaines ». Ce sont de grandes affaires qui ne s’abordent qu’à plusieurs. Tous les plusieurs.


Jo dit que la démocratie n’est pas, elle naît. Elle est toujours à mettre au monde. J’ajoute que l’Évangile aussi, et c’est en cela que le christianisme ne peut pas être une religion. La démocratie et l’Évangile ne peuvent vivre qu’en milieu ouvert.


C’est ce qui fait, à l’un comme à l’autre, leur fragilité. Mais c’est ce qui conditionne leur puissance et leur pertinence. En démocratie comme en Évangile, il faut être toujours prêt à se laisser déranger et à se mettre à l’écoute d’autre chose que soi...


Propos recueillis par Antoine Nouis


Une écriture théologique singulière
Son premier livre paru chez Labor et Fides, L’Autre Dieu, connaît un large succès depuis sa parution et a reçu deux prix. De nombreux lecteurs ont été conquis par un style magnifique et par la façon dont Marion Muller-Colard avait réussi à tricoter une réflexion spirituelle sur le livre de Job, une expérience personnelle avec sa propre confrontation avec le mal, et l’accompagnement d’hommes et de femmes confrontés à la question de la maladie, de la souffrance et de la mort dans le cadre de son ministère d’aumônier d’hôpital.


Le livre était tellement lié à son histoire qu’on se demandait comment elle pourrait confirmer son travail d’écriture. Avec Le Complexe d’Élie, elle poursuit le même sillon et montre qu’elle est en train de défricher une manière singulière de faire de la théologie.


Après avoir regardé en face la question du mal, elle aborde la question du politique au sens le plus noble du terme qui est la tentative des humains de vivre ensemble.


Comme dans L’Autre Dieu, elle croise une thématique biblique avec les prophètes, une expérience personnelle lorsqu’elle relie son choix de vivre à l’écart du monde, presque en autarcie, dans une maison de moyenne montagne au milieu de la forêt, et sa rencontre avec un homme politique qui essaye de concevoir son engagement autrement, en faisant participer ses administrés à la gestion de la commune dont il a la responsabilité.


A. N.

http://reforme.net/une/societe/marion-muller-colard-mocratie-et-e-vangile-peuvent-vivre-milieu-ouvert

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Les associations lémaniques de chrétiens homosexuels dénoncent le silence de l’Eglise catholique,racisme, homophobie,

2 Mai 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #religion, #reforme, #racisme, #homophobie

SOCIÉTÉ
Les associations lémaniques de chrétiens homosexuels dénoncent le silence de l’Eglise catholique
Tags: Homosexualité Suisse Catholiques Discrimination Ancien Testament
Le groupe C+Un couple gay au milieu de militants chrétiens anti-gay lors de la gay pride de Londres en 2011. CC(by-nc) Jasn via https://flic.kr/p/a2jd5CH (chrétien-ne-s et homosexuel-le-s) de Genève et le groupe chrétien de Vogay, l’association vaudoise de personnes concernées par l’homosexualité, réagissent dans un virulent communiqué commun aux propos de l’évêque de Coire fustigeant l’homosexualité.
Photo: Un couple gay au milieu de militants chrétiens anti-gay lors de la gay pride de Londres en 2011. CC(by-nc) Jasn
Par Joël Burri
«Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme; ce serait une abomination» et «Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils ont fait tous les deux est une abomination; ils seront mis à mort, leur sang retombe sur eux» (TOB), en citant ces deux versets de la Bible (Lévitique 18:22 et 20:13), le 31 juillet lors d’un synode sur la famille en Allemagne, l’évêque de Coire, Vitus Huonder a provoqué la colère des associations LGBT en Suisse comme à l’étranger.
Ce week-end, ce sont les associations vaudoise et genevoise de chrétiens homosexuels qui ont réagi par un communiqué virulent. «L’Eglise catholique romaine, empêtrée dans cette lecture étriquée des textes bibliques, n’a pas été capable de réagir à la volonté d’extermination des homosexuels par le nazisme durant son hégémonie. Qu’en serait-il aujourd’hui alors que cette Eglise tolère encore de tels discours en son sein?»
A en croire l’extrait du discours de Vitus Huonder, reproduit en français par le magazine 360°, il n’a pas appelé à punir de mort les homosexuels, mais s’est servi de ces textes bibliques pour appuyer sa thèse selon laquelle Dieu désapprouve les actes homosexuels. La veille du discours de l’évêque, le 30 juillet, c’est en se prévalant des mêmes passages de la Torah qu’un juif orthodoxe a poignardé six personnes, faisant une morte, lors de la gay pride de Jérusalem.
«On peut faire dire n’importe quoi à la Bible»
Citer les passages les plus difficiles de la Bible est-il devenu tabou? «Soit on utilise ces versets pour leur valeur historique: à l’époque cela se passait comme cela, soit on rappelle le contexte de tels propos», dénonce Sacha Perzoff, président du groupe C+H de Genève (chrétien-ne-s et homosexuel-le-s). «En citant des versets isolés, on peut faire dire n’importe quoi à la Bible», prévient-il.
«Cette lecture “sans filtre” d’un texte biblique, pour moi ce n’est pas innocent» complète André Varidel, coordinateur du groupe chrétien de Vogay. «Je ne crois pas que l’évêque de Coire soit quelqu’un de stupide. Il sait très bien ce qu’il fait en s’adonnant à de telles lectures.» Pour le Vaudois, une distanciation claire de l’Eglise serait nécessaire. «L’évêque de Saint-Gall l’a fait, cela montre bien qu’au sein de l’Eglise catholique on a cette liberté, même à un niveau hiérarchique élevé!»
Plainte pour provocation à la violence
Ce week-end également, l’association faîtière gay suisse Pinkcross avec le soutien de son homologue lesbienne LOS annonçait qu’elle entendait porter plainte contre Vitus Huonder pour provocation publique à la haine et à la violence. Une démarche également entamée par un privé. Sacha Perzoff s’en réjouit. «Je sais bien que cela n’a aucune chance d’aboutir, j’avais fait partie des plaignants contre les jeunes UDC valaisans, il y a quelques années. Mais il est important que ce genre d’action soit menée afin que nos élus prennent conscience que les homosexuels ne sont toujours pas protégés par les lois contre la discrimination et changent la loi.»
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Les réformes. Luther, Calvin et les protestants,protestants,histoire,histoire de france,martin luther,

25 Avril 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #livres, #martin luther, #protestants, #histoire de france, #histoire, #reforme

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Au Debut du XVIe siècle, et humanistes théologiens s'élèvent contre les abus du clergé et en rébellion contre entrent l'Eglise, retour non à la religion prônant juin , plus simple. Une tête their, Luther et, Quelques Années , plus tard, Calvin, ne pas les idees de se propagent Réforme Dans Presque Toute l'Europe, avant de la Diviser Profondément. L'Eglise réagit, Puis persécutent. Les massacres de la Saint-Barthélemy en signent lettres de sang l'ère des guerres de Religion, Qui ne prendront fin qu'avec l'édit de Nantes, en 1598. Mais le temps de la tolérance is encore loin. Olivier Christin Nous fait transbordeur this l' Europe déchirée par la Réforme.



Les Réformés. Luther, Calvin et les protestants​



Les Réformés. Luther, Calvin et les protestants

http://www.decitre.fr/livres/les-reformes-9782070532285.html​

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"La Saint-Barthélemy ou la logique de la violence" – L'édito vidéo d'Antoine Nouis,reforme,protestant,violence,

15 Avril 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #reforme, #protestants, #violences

"La Saint-Barthélemy ou La logique de la violence" - L'édito vidéo d'Antoine Nouis
Hebdomadaire Réforme
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Ajoutée le 13 AVR. 2016
"La Saint-Barthélémy ou La logique de la violence" - L'édito vidéo d'Antoine Nouis, conseiller théologique de l'hebdomadaire Réforme (n ° 3653, 14 avril 2016)​

https://www.youtube.com/watch?v=TwfkFZ9yKgI

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Pourquoi Manuel Valls m'inquiète,reforme,protestant,plitique,

15 Avril 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #reforme, #protestants, #politiques

BIBLE & ACTUALITÉPOLITIQUE 14 AVRIL 2016
Auteurs
Olivier Brès
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Pourquoi Manuel Valls m'inquiète


Le pasteur Olivier Brès s’interroge : les politiques doivent-ils rester impassibles ou exprimer leurs émotions ?


Il y a quelqu’un qui m’inquiète, c’est Manuel Valls. Je m’inquiète pour sa santé, vraiment ! Quand on le voit, pendant les questions au gouvernement ou dans ses interventions, les lèvres pincées, le regard sombre, soucieux de manifester sa fermeté, on craint pour les muscles de ses mâchoires, pour sa résistance physique.


Je m’inquiète encore plus pour lui quand je vois Emmanuel Macron, tout sourire, l’air confiant dans sa bonne étoile, écoutant ses interlocuteurs avec un regard amical. Plus Macron sourit, plus habilement il lui chipe son rôle de modernisateur sans barrière, plus Valls se durcit.


Pour ce qui est de leur apparence, on pourrait encore parler de ceux qui ont fait le choix de l’impassibilité qui se veut à la hauteur de la fonction de président – chez Hollande ; ou encore du visage plissé d’une ironie condescendante pour marquer la sagesse – chez Juppé. Parfois la posture choisie est trahie par une gestuelle incoercible, comme le mouvement d’épaules de Sarkozy ou le sourire faux de Marine Le Pen quand elle se prépare à provoquer. Mais chacun se tient à une manière d’être, à l’image de soi qu’il-elle a choisi d’offrir.


Et Dieu dans tout ça ? Les théologiens des premiers siècles ont voulu parler de Dieu comme d’un être impassible. En conformité avec la philosophie grecque, il devait non seulement rester invisible, mais il devait être encore sans passion. Il ne devait surtout pas être touché par ce qui arrivait aux humains ou à la création ; il devait y rester insensible.


Froideur divine


Un vrai Dieu ne pouvait être un Dieu sensible, souffrant, compatissant. C’était déchoir du monde des idées, des sommets de la puissance, du ciel de la domination inflexible.


Nous gardons sans doute mémoire de cette nécessaire froideur divine quand nous attendons de nos dirigeants qu’ils maîtrisent leurs émotions, qu’ils ne paraissent pas atteints par les événements. Dans un autre registre, la manière dont Daech expose des exécutions d’otages par des jeunes gens apparemment insensibles exprime bien la conception qu’ils ont d’un Dieu inflexible et voué à la domination.


Pourtant le Dieu de la Bible, même s’il n’a pas de visage, ne reste pas impassible. Il se plaint de son peuple, il est en colère, il revient de sa colère, il est ému. Est-ce que c’est de l’anthropomorphisme, une manière de faire Dieu à notre image ? Ou n’est-ce pas plutôt le signe d’un vrai souci de Dieu pour les humains, pour les vies qui sont les leurs ?


La figure de Jésus en donnera la révélation définitive. Sa vie et sa mort ne sont pas le passage d’un ectoplasme impassible au milieu des humains, mais la présence réelle d’un corps, d’un visage, d’une voix, d’un regard ; et une mort véritable, avec sa sueur et sa peur.


À partir de là, la complicité entre une religion de la distance de Dieu et une politique de la domination des puissants devient impossible. Dieu n’est plus lointain et les puissants ont beau se tenir à distance, leur pouvoir n’en est pas plus impressionnant. Il marque seulement leur dédain.


Retrouver confiance


À partir de là, nous ne sommes plus invités à choisir un rôle et à nous y tenir. Au contraire, s’arrêter à une posture, vouloir fixer une image publique de soi, c’est convaincre de son incapacité à saisir les soubresauts de l’Histoire, les aléas de l’actualité. C’est manifester son inaptitude à la rencontre, à la sollicitude, à la recherche d’une justice concrète.


Alors si nos politiques arrêtaient de se fatiguer à maquiller et à fixer leurs gestes et leurs figures.


S’ils laissaient apparaître leurs fatigues et leurs questions, leur besoin d’être aimés. (Il ne s’agit pas de réduire la distance pour mieux séduire, mais de reconnaître qu’il n’y a pas de distance.)


Peut-être redeviendraient-ils alors des humains en qui nous pourrions retrouver confiance ?


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Penser l'impensable de la violence,reforme,protestant,violence,

12 Avril 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #religion, #reforme, #protestants, #violences

"IL Y A CETTE VIOLENCE DITE DES FAITS DIVERS, CELLE QUI SURGIT ICI OU LÀ..."© "SHATTERED"/SEAN T EVANS/CC BY SA 2.0
BIBLE & ACTUALITÉINTERDIT 7 AVRIL 2016
Auteurs
Nathalie Chaumet
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Penser l'impensable de la violence


Trois jeunes qui en tuent un quatrième pour un portable… Notre société fabrique des individus incapables d’envisager autrui.


Il y a la violence qui soudainement nous frappe collectivement dans ces attentats si meurtriers qu’ils nous stupéfient d’effroi. Et il y a cette violence dite des faits divers, celle qui surgit ici ou là, frappant des victimes trop éparses pour mobiliser un pays mais qui de manière souterraine opère elle aussi des ravages.


Cette semaine en Gironde se tient le procès de trois jeunes qui, après avoir repéré leur victime, se sont jetées sur elle et lui ont asséné un coup de couteau mortel. La victime avait été soigneusement choisie pour deux critères clés : elle possédait un téléphone portable de qualité et n’était pas de taille à se mesurer à ses agresseurs. Le portable convoité a été revendu 40 euros, permettant à ses agresseurs d’acquérir deux barrettes de résine de cannabis.


C’est là le prix de la vie perdue de ce jeune homme dont son père raconte combien elle était riche de projets d’amour et d’amitié, comme chaque vie devrait pouvoir l’être. Cette violence nous laisse alors abasourdis devant le fait que l’interdit fondamental du meurtre ait pu être franchi pour si peu, pour rien, pour la simple intolérance à la frustration dans la quête d’une jouissance immédiate. Cette violence comme celle des attentats qui frappent aveuglément nous paraît impensable et en cela nous laisse désarmés.


Interdit fondateur


Étymologiquement, l’agressivité signifie aller vers. La personne agressive s’en prend à autrui, elle va vers lui sans plus respecter la distance qui permet à chacun d’exister. Dans une agression, cette parole de l’inter-dit qui sépare et s’entre-dit au milieu des hommes pour garantir la place de chacun, ne résonne plus.


Or dans l’histoire tragique ci-dessus relatée, le motif dérisoire laisse penser que les meurtriers n’ont peut-être jamais intégré cet interdit fondateur. Nous comprenons alors que cette violence impensable surgit d’un impensé inquiétant, celui de la reconnaissance de l’altérité.


Car si l’on peut tuer pour un portable avec une forme de préméditation, c’est bien que nos sociétés ne parviennent plus à construire des individus simplement capables d’envisager autrui. À l’heure où nous pointons parfois du doigt les échecs de l’enseignement, réformant sans cesse nos programmes, c’est bien en amont qu’il nous faut réfléchir, sur notre capacité de transmission des pierres fondatrices de notre vivre ensemble et notamment de cet interdit structurant qui protège la place de chacun. Car sans l’intégration de celui-ci, la relation est vouée à l’échec et, avec elle, la transmission du savoir quel qu’il soit.


Dans la Bible, il est alors intéressant de remarquer qu’il ne s’agit pas seulement de ne pas tuer mais aussi de façon bien plus exigeante d’aimer son prochain comme soi-même. Là où l’interdit du meurtre vise le respect d’autrui, cette exhortation biblique nous invite à lutter davantage encore contre le risque de la violence par la mise en route d’un processus de reconnaissance mutuelle positive. Comme si l’amour de soi passait par l’amour d’autrui et comme s’il était impossible d’aimer autrui sans s’aimer soi-même.


Circularité


Ainsi là où l’individu se perd aujourd’hui dans une mise en abyme de sa propre image, cherchant à s’aimer lui-même comme lui-même, la parole biblique nous replace dans un vivre ensemble où la place des uns se définit en regard de celle des autres.


Mais cette circularité n’est pas n’importe quelle circularité. C’est celle qui cherche à faire grandir l’amour, engageant alors chacun sur le chemin,ô combien épineux, du désamorcement, de sa propre violence.


À l’heure où l’individualisation croissante isole chacun dans un reflet de lui-même mortifère, n’est-il pas urgent de rappeler que vivre, c’est avant tout vivre ensemble ? Là où la violence nous fait conjuguer la vie au passé, il y a dans le « tu aimeras » un futur, promesse d’avenir.

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