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HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

Le protestantisme en Allemagne,protestant

27 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #histoire



Le protestantisme
en Allemagne
Accueil > Thèmes > Le protestantisme en Allemagne
La Réforme luthérienne est un évènement fondamental dans l’histoire de l’Allemagne. Cette révolution théologique et religieuse a eu de nombreuses incidences politiques, linguistiques et culturelles. Si l’Allemagne actuelle se caractérise par un pluralisme religieux, elle compte encore une majorité de protestants.


La Réforme luthérienne


Diète d'Augsbourg
Diète d’Augsbourg © S.H.P.F.
Le XVIe siècle est celui de la réforme luthérienne, étape essentielle dans l’histoire de l’Allemagne : tournant théologiques, religieux, linguistique, politique.


Après La Diète d’Augsbourg (1530), qui échoue à concilier luthériens et catholiques, les luthériens prédominent dans la plus grande partie de l’Allemagne nordique, centrale et orientale. Par contre, dans l’espace rhénan et méridional, à l’exception du Wurtemberg, les luthériens sont minoritaires : leurs Églises sont dispersées, soit dans de petits Etats princiers et contrôlées par le prince, soit dans les villes et contrôlées par le magistrat. En effet, la complexité juridictionnelle et politique de l’Empire est considérable : dans certaines parties de l’Empire, précisément en Allemagne et en Hongrie, où l’autorité de l’empereur est plus faible, les villes libres et les principautés ont la possibilité de déterminer leur propre sort.


Les tentatives de rapprochement entre théologiens luthériens et catholiques (colloques de Haguenau, Worms, Ratisbonne) ayant échoué sur le thème central de la justification, Charles Quint, après avoir fait la paix avec François I° (1544), peut se retourner vers l’Allemagne, bien décidé à y rétablir le catholicisme. Mais, face aux menaces impériales, les princes protestants, ainsi que les villes libres, s’organisent dans la Ligue de Smalkalde : l’électeur de Saxe et le landgrave de Hesse sont les deux principaux leaders de ce parti anti-impérial. Dans la guerre dite de la ligue de Smalkalde (1546-1555), les princes protestants, bien que vaincus à Muhlberg en Saxe, purent, avec l’aide de la France (traité de Chambord), tenir l’Empereur en respect. La lutte se termine en 1555 par la paix d’Augsbourg . Elle reconnaît officiellement l’existence de deux religions, catholique et luthérienne, et elle impose l’unité confessionnelle de chaque territoire : chaque prince a le droit de choisir entre le catholicisme et le luthéranisme, et d’imposer dans ses états la religion de son choix, selon le principe cujus regio, ejus religio. lequel attache une confession à une unité politique (principauté, ville libre) dont les dirigeants protestants (roi, prince, conseil) deviennent par le fait même responsables de la nominations des pasteurs ; rois et princes sont souvent Summus episcopus. Les sujets n’ont qu’une possibilité : la soumission ou l’émigration avec leurs biens. Les Églises luthériennes sont ainsi liées au pouvoir politique, le devoir du prince étant d’assurer le salut temporel et spirituel de tous ses sujets.


La guerre des paysans


Timbre représentant Müntzer et la guerre des paysans
Timbre représentant Müntzer et la guerre des paysans © Collection privée
Cependant la situation politique reste confuse. La critique par Luther de l’autorité spirituelle de l’Eglise catholique offre une occasion rêvée aux princes qui profitent de la situation pour faire passer les églises sous leur contrôle, réduire les compétences du clergé et saisir ses biens. Par ailleurs, le souci d’une plus grande justice sociale dont témoignait l’affichage des thèses de Luther est parfois interprété dans des termes très radicaux dans les couches populaires. Des extrémistes, des prophètes, apparaissent : Thomas Münzer dénonce le savoir temporel, Dieu révélant sa volonté directement à ses élus ; il réclame l’extermination des mécréants qu’il assimile de plus en plus aux classes possédantes.


En 1525 la « guerre des paysans » étend ses ravages dans l’Allemagne du sud et dans certaines terres autrichiennes, détruisant sur son passage tout ce qui est symbole de pouvoir (églises, couvents, châteaux) : les représailles furent terribles, Münzer torturé à mort. L’anabaptisme qui se répand en Suisse incarne cette tendance radicale ; il déborde en région rhénane et aux Pays-Bas, où il est écrasé en 1585.Luther s’inquiète des forces qu’il a déchaînées, avec les excès de l’iconoclastie Pour rétablir l’autorité, la discipline morale, la pureté doctrinale, la nécessité de créer de nouvelles églises officielles s’impose à Luther, comme à Calvin (« la crainte de Dieu est le fondement de la religion »), Zwingli et Bucer. L’appui des autorités séculières apparaît comme indispensable


L'organisation des Eglises de la Confession d'Augsbourg


Les réfugiés consolés par le Grand Électeur
Les réfugiés consolés par le Grand Électeur © S.H.P.F.
Quant aux débats théologiques, ils vont se développer. Melanchthon (1497-1560), élève et ami de Luther, trouve un chemin pacificateur. Il souligne que la négation de la justification par les œuvres fait place à une promesse de grâce qui concerne tous les hommes, justifiés par la foi ; la fidélité à Dieu est l’essentiel ; le travail de chacun, à sa place dans le monde, dans la vocation que Dieu lui a confiée, est l’essentiel. C’est ce qu’il affirme à la diète d’Augsbourg (convoquée par Charles Quint en 1530) dans une déclaration rédigée avec Luther, et signée par sept princes et deux villes libres, déclaration qui met en place l’organisation des églises dites de la Confession d’Augsbourg : elle devient en 1555 la Confession de foi de l’Eglise luthérienne.


Mais les débats vont reprendre, dus au glissement de Melanchton vers les conceptions plus spirituelles de la présence réelle dans la Cène, conceptions proches de celles défendues par les calvinistes. La Formule de Concorde (1557) censée de mettre fin à ces débats, établit l’orthodoxie luthérienne qui regroupera les deux tiers du protestantisme allemand.


Néanmoins, soutenu par Zurich et Genève, le calvinisme se diffuse, à partir de l’université de Wittenberg . Tout d’abord le Palatinat, dont le prince Frédéric III, après plusieurs années d’hésitations, choisit la confession réformée, exprimées dans le catéchisme d’Heidelberg (1563). S’y rallient ultérieurement le duché des Deux-Ponts, la ville de Brême, de nombreuses petites principautés septentrionales, et surtout l’Électeur de Brandebourg : en 1613 Jean-Sigismond adhère au calvinisme mais, fait inhabituel, il ne fait pas jouer dans ses états le principe cujus regio, ejus religio et ses sujets restent luthériens : un minimum de solidarité entre protestants s’imposant, les princes luthériens s’abstiennent de le condamner publiquement. Cette solidarité s’exprime également par l’accueil des réfugiés surtout dans le Brandebourg, où les huguenots français furent nombreux.


La fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle sont marqués par la persistance des polémiques d’ordre théologique, opposant luthériens et calvinistes : c’est la période dite de « confessionnalisation », au cours de laquelle les deux communautés s’organisent ; le jubilé de la Réformation en 1617 ne parvint pas à les réunir. Par ailleurs en1618, commencent les épouvantables ravages de la guerre de Trente Ans (1618-1648), véritable guerre confessionnelle entre catholiques et protestants. Après elle, la configuration politique devient plus claire, les équilibres religieux sont consolidés.


Au XVIIe et au XVIIIe siècle le piétisme se développe


Philip Jacob Spener (1635-1705), timbre
Philip Jacob Spener (1635-1705), timbre © Collection J. Cottin
Celui-ci met l’accent sur le sentiment religieux, une recherche d’intériorité, la nécessité de la prière et de la sanctification personnelle : les acteurs essentiels en sont P.J. Spener (1635-1705) et A.H.Francke (1553-1727) ainsi que la communauté des frères moraves du comte de Zinzendorf (1700-1760). On assiste à la mise en place d’un enseignement technique en avance sur son temps. L’Université de Halle a un grand rayonnement.


Le XIXe siècle


Il est d’abord marqué par les invasions napoléoniennes qui entraînent en 1806 la disparition du Saint Empire Romain Germanique. Une Confédération du Rhin s’y substitue, regroupement de principautés selon divers critères, modifiant, sauf pour la Prusse, les équilibres politiques. Après les défaites françaises et le traité de Vienne (1814), on observe la consolidation de l’Empire austro-hongrois à majorité catholique et la montée en puissance, aussi bien économique que politique, de la Prusse, majoritairement protestante.


Conformément à l’organisation ecclésiastique fixée par Luther, ce sont les chefs d’État, détenteurs de l’autorité suprême dans les Églises, qui prennent l’initiative de réunir tous les protestants, au besoin par la force. Ces réunions eurent lieu en Prusse en 1817, dans le Nassau en 18917, en Hesse (1823), en Anhalt (1827).


En Prusse, les Hohenzollern sont calvinistes. Leurs sujets sont restés principalement luthériens. Pendant longtemps, il n’y a pas de difficultés de fond quant aux rapports entre les églises luthériennes de Prusse et l’État. Mais progressivement apparaît l’idée d’une réforme administrative unifiant les rapports entre l’État et les communautés luthériennes et réformées. Le théologien Schleiermacher consulté préconise une instance administrative commune, l’Église évangélique unie, une plus grande liberté laissée aux églises dans le choix des ministres, ainsi que l’existence de conseils presbytéraux et d’instances synodales. La révolution de 1848 prône une séparation des instances étatiques et ecclésiales, mais le projet n’aboutit pas, le Roi de Prusse restant le « Summus episcopus » de l’Église évangélique, et le restera jusqu’à la République de Weimar.


Lorsque Bismarck (qui a eu Schleiermacher comme catéchète) devient Chancelier de Prusse, puis de l’Empire allemand (1871 à 1890), il souhaite éviter tout conflit politique avec l’Église catholique. Surtout, il essaie de donner à l’Église protestante des structures plus modernes en mettant en place, à l’échelle de la province, des synodes auxquels participent des laïcs élus. Dans le cadre du Kulturkampf, et dans la perspective de la doctrine luthérienne des deux règnes, il obtient une plus nette distinction entre l’autorité spirituelle et l’autorité temporelle, précisant les liens de l’Église et de l’État : ce dernier définit une politique sociale et y délimite le rôle des Églises ; en particulier, il ne peut y avoir d’enseignement privé religieux, mais en revanche, l’État assure un enseignement religieux dans toutes les écoles.


Au XXe siècle


Professeur Karl Barth
Professeur Karl Barth © S.H.P.F.
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Dès 1925, le mouvement des Chrétiens pour le nationalisme (Deutschen Christen) est créé, qui proclame une « christianisme positif », devenant l’idéal nazi du protestantisme allemand. En 1927, à Königsberg, le « Kirchentag évangélique allemand » déclare « l’union intime millénaire entre christianisme et germanisme », déclaration à laquelle s’opposent les « socialistes chrétiens » pour lesquels christianisme et fascisme sont inconciliables.


Le 30 janvier 1933, Hitler prend le pouvoir. Le catholicisme est rapidement muselé grâce au concordat (20 juillet 1933) signé avec le Vatican, représenté par le cardinal Pacelli (le futur Pie XII). En mars, les « Deutschen Christen » obtiennent 43,9 % des voix aux élections ecclésiastiques. En mai, des bûchers de livres « anti-allemands » sont allumés, et aux nouvelles élections de juillet, organisées par Hitler lui-même les « Deutschen Christen » obtiennent les ¾ des voix. Le slogan « un peuple, un empire, un chef » fait partie du nouveau credo. Dans les églises, on place sur l’autel l’épée à la place de la croix, « Mein Kampf » à la place de la Bible.


Cependant la résistance s’organise. En avril 1933, Dietrich Bonhoeffer, puis Martin Niemöller, prennent position contre l’idéologie antisémite. En novembre, après la gigantesque manifestation du Palais des sports, où a été réclamée la constitution d’une Église nationale, inspirée de racisme et d’antisémitisme, une proclamation est lue dans les communautés confessantes (1/10° des paroisses allemandes), dénonçant les principes et l’action des « Deutsche Christen ».


À la fin du mois de mai 1934, à Barmen, se réunit le premier Synode non officiel de l’Église confessante (« Bekennende Kirche » : communautés et unions d’églises luthéro-réformées). Ce synode prône la nécessité de s’opposer au national-socialisme dans sa tentative de main mise sur l’Église. Karl Barth, avec le luthérien Hans Asmusse, a été un des principaux rédacteurs du texte final, de la « Déclaration théologique de Barmen » du 31 mai 1934. Celle-ci est un « témoignage biblique chrétien dans la ligne de la Réforme ». Mais elle a pris naissance pour des motifs exclusivement religieux, il s’agit d’un acte de résistance spirituelle pour la défense de l’Église et de la pureté de son message, mais non pas d’un acte politique, en particulier elle ne dit pas un mot des Juifs : seuls Barth et Bonhoeffer avaient saisi l’importance du sujet, qui ne s’imposera que progressivement. Malgré ses lacunes, la « Déclaration théologique de Barmen» constituera la base de la résistance des protestants allemands.


Après la 2e guerre mondiale, l’Allemagne est coupée en deux états : la République fédérale allemande (RFA) couvre les territoires occupés par les États-Unis, le Royaume Uni et la France, tandis que la République démocratique allemande (RDA) s’étend sur la zone d ‘occupation soviétique.


L’Evangelische Kirche in Deutschland (EKD), fondée en 1948 à Eisenach, regroupe les Églises territoriales luthériennes, réformées et unies.


La Loi fondamentale de la République fédérale de 1949 institutionnalise les Églises catholiques et protestantes et les reconnaît comme des corporations de droit public, payant des impôts et étant présentes dans les écoles à travers l’enseignement religieux, qui est obligatoire pour ceux qui se déclarent appartenir à une confession. Le Diakonisches Werk protestant, créé en 1957, organise de nombreuses et puissantes actions dans le domaine social et médical, financées par l’impôt ecclésiastique. Le Johanniter-Orden, d’obédience réformée, a une action importante dans le domaine des urgences médicales et l’aide aux personnes âgées. L’Église finance également les « Académies évangéliques », lieux de réflexion sur les problèmes de société.


L’unité ecclésiastique de l’EKD cesse en 1969 en raison de la guerre froide et des difficultés de communication dues au rideau de fer (la construction du mur de Berlin a commencé en 1961).


Entre 1969 et 1990 , les huit Églises territoriales de la RDA participent à la Fédération des Églises évangéliques de la RDA.


Pendant la période communiste, le nombre des membres des Églises protestantes baisse considérablement. Les Églises protestantes luthériennes, réformées et unies, majoritaires en RDA sont dans une situation très difficile : elles sont obligées de dialoguer avec le pouvoir qui les contrôle. La police (STASI) recrute des membres des Églises protestantes. Ce sont pourtant ces Églises, notamment celles de Leipzig, Dresde et Berlin-Est, qui canalisent les aspirations à la liberté, ce qui aboutit à la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et à la réunification de l’Allemagne en 1990. De leur côté les huit Églises territoriales rejoignent l’EKD en 1990.


Actuellement l’EKD regroupe 23 Églises territoriales : 10 luthériennes, 2 réformées et 11 unies. Au sein des Églises territoriales unies, les Églises locales ont le choix entre :


suivre la tradition luthérienne avec la Confession d’Augsbourg et les catéchismes de Luther,
ou se conformer à la tradition réformée avec le catéchisme de Heidelberg,
ou, pour les communautés unies, choisir l’un ou l’autre catéchisme ou même les deux.
Un pasteur ne peut être appelé dans une Église locale que s’il respecte sa tradition.


Depuis la réunification de l’Allemagne, le protestantisme est légèrement majoritaire : 29 millions de protestants pour 27 millions de catholiques. La proportion de protestants est plus importante dans l’ancienne RDA que dans l’ancienne RFA. L’ERD pousse à la fusion de ses Églises membres. A côté de l’ERD, il existe des Églises libres – baptistes, méthodistes, pentecôtistes- représentant près de 3 millions de personnes.


Les pasteurs peuvent prendre pour règle de leur ministère l’un ou l’autre des Écrits confessionnels ou les deux et de toute façon s’engagent à suivre la Déclaration de Barmen.


Bibliographie
Livres
MILLER John, L’Europe protestante aux XVIe et XVIIe siècles, Belin-De Boeck, 1997
MOURIQUAND Jacques et PIVOT Laurence, L’Europe des protestants de 1520 à nos jours, Jean-Claude Lattès, 1993
Notices associées
Philippe Melanchthon (1497-1560)La confession d'Augsbourg (1530)La Réforme radicale au XVIe siècleLe piétismeDietrich Bonhœffer (1906-1945)Karl Barth (1886-1968)Le protestantisme aux Pays-BasLa guerre de Trente Ans (1618-1648)Le protestantisme en Bohème et Moravie (République tchèque)Le protestantisme dans les pays nordiques
Notices à découvrir
Martin Luther King (1929-1968)Œuvres socialesLes Unions chrétiennes de jeunes filles (UCJF)Plusieurs modèles de RéformeLe protestantisme en FranceLa croix huguenote
Sommaire
La Réforme luthérienne
La guerre des paysans
L'organisation des Eglises de la Confession d'Augsbourg
Au XVIIe et au XVIIIe siècle le piétisme se développe
Le XIXe siècle
Au XXe siècle
Bibliographie
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Le Chambon-sur-Lignon,protestant,histoire de france,

27 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #histoire, #histoire de france

Le Chambon-sur-Lignon
Accueil > Thèmes > Le Chambon-sur-Lignon
Le Chambon-sur-Lignon, terre d’accueil et de sauvetage pour un grand nombre de victimes de la guerre, est le symbole de l’opposition des protestants vis-à-vis du nazisme et de l’antisémitisme.


Village d'asile depuis des siècles


Le Chambon-sur-Lignon
Le Chambon-sur-Lignon © Collection particulière
A la frontière de la Haute-Loire et de l’Ardèche, la commune du Chambon-sur-Lignon est au cœur du Plateau Vivarais-Lignon. Ses habitants, de même que ceux des communes avoisinantes, sont à forte majorité protestante et ont toujours été marqués par une tradition d’accueil et d’asile aux persécutés et déshérités : prêtres réfractaires pendant la Révolution, enfants miséreux des bassin miniers de Saint Étienne recueillis par l’œuvre des « Enfants à la Montagne » créée par le pasteur Louis Comte à la fin du XIXe siècle.


Avant même le début de la Deuxième guerre mondiale, de nombreux réfugiés trouveront asile chez les habitants du Plateau : de tradition républicaine, ils ont été sensibilisés par leurs pasteurs aux dangers du totalitarisme et de l’antisémitisme. Par vagues successives, de 1937 à 1939, ce sont les familles de républicains espagnols qui fuient la guerre civile, ainsi que les premiers réfugiés autrichiens et allemands, qui fuient le nazisme En octobre 1938, Charles Guillon, ancien pasteur et maire du Chambon, dans une lettre adressée aux habitants, les remercient d’avoir reçu avec désintéressement toutes les personnes fuyant les pays d’Europe centrale et de « s’être préparés à recevoir dans vos maisons des centaines d’enfants que l’on voudrait vous confier pour les mettre à l’abri ».


Le plus grand sauvetage de Juifs en France sous l'Occupation


Ce sont surtout des juifs, d’origine étrangère, puis français, qui seront sauvés, réalisant « le plus important sauvetage collectif de Juifs en France pendant l’Occupation ».


Dès décembre 1940, la Cimade est présente dans les camps d’internement du Midi de la France (camps de Gurs, de Rivesaltes, des Milles), et elle ouvre des centres d’accueil, en particulier celui du Côteau fleuri près du Chambon.


Les mesures antisémites du gouvernement de Vichy accélèrent la mobilisation des protestants. Après les rafles des juifs d’août 1942, les protestants – réformés, darbystes ou libristes -, unis aux quelques communautés catholiques du Plateau, ouvrent leurs portes aux « Juifs errants », « transformant chaque ferme en refuge, chaque cuisine en asile ».


Plusieurs centaines d’enfants extraits grâce à l’action de la Cimade, ou d’associations comme le Young Men’s Christian Association (YMCA, représentée au Chambon par Charles Guillon) ou encore l’Organisation de Secours aux Enfants (OSE), seront sauvés, ils pourront suivre l’école publique des différents villages, ou l’École Nouvelle Cévenole du Chambon. L’aide du secours Suisse sera précieuse, qui entre 1941 et 1942 crée trois maisons d’enfants : La Guespy, l’Abric, le Faïdoli.


Adolescents et étudiants, de toutes confessions, venant de tous les pays occupés par les nazis, seront accueillis aux Grillons, au Côteau Fleuri, au foyer universitaire des Roches. Ils seront progressivement suivis par les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et par les « combattants de l’ombre » des premiers maquis.


Quelques noms parmi les plus célèbres


De très nombreux noms devraient être cités. Parmi les 13 pasteurs des 12 paroisses du Plateau, on retiendra ceux de Chambon : André Trocmé, Edouard Theis, Noël Poivre.


De nombreuses femmes eurent un rôle essentiel : Mireille Philip (épouse d’André Philip, ministre du général de Gaulle à Alger) qui camoufle des juifs, participe aux filières d’évasion vers la Suisse, puis à la résistance armée ; Dora Rivière, Madeleine Dreyfus, Simone Mairesse, qui organisent le placement dans les fermes de tous les réfugiés. On devrait ajouter les noms des différentes directrices des pensions ou hôtels, également le nom des enseignants, des médecins. Ce qui est significatif : dans des fermes et hameaux, une foule d’anonymes, toute une population, accueille, héberge et sauve.


Faux papiers et passages de frontière


Les faux papiers établis par la Cimade, mais aussi par des secrétaires de mairie ou encore d’habiles faussaires, protègent ces réfugiés et facilitent leur fuite en transitant par des filières clandestines. D’abord vers l’Espagne, mais les Pyrénées sont difficiles à franchir et les franquistes ne facilitent pas l’évasion vers le Portugal ou le Maroc. Puis vers le « refuge » de Genève, en passant soit par la montagne jusqu’à Martigny, accompagnés par des équipiers de la Cimade connaissant la montagne, soit par la plaine en transitant par les presbytères de Romans, Grenoble, Annecy.


Raflés et rescapés


Le Chambon, « nid de juifs en pays huguenot », a-t-il échappé aux lois de la guerre, sanctuaire bénéficiant d’une relative immunité de la part du préfet de la Haute-Loire, voire de la Wehrmacht ou de la Gestapo ? Non, et le 19 juin 1943, la Gestapo fait une rafle à la maison des Roches, et la vingtaine de jeunes embarqués seront dirigés vers les camps concentration de Buchenwald et Auschwitz ; l’enseignant Daniel Trocmé, cousin du pasteur, meurt au camp de Maïdanek.


Le nombre exact de réfugiés sur la Plateau est impossible à affirmer, probablement entre 3500 et 5000 : si d’autres régions protestantes, Cévennes, Tarn (Vabre), Drôme (Dieulefit, surnommé « oasis de paix ») ont eu une action identique, l’importance de ce chiffre fait du Chambon-sur-Lignon le symbole de l’attitude du protestantisme français vis-à-vis des victimes du nazisme, tout spécialement des juifs.


L’ensemble des habitants du Chambon-sur-Lignon a reçu la distinction « Justes parmi les Nations », seul exemple d’attribution collective.


Carte






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Satellite


Bibliographie
Livres
BOLLE Pierre, Le Plateau Vivarais-lignon, accueil et résistance : 1939-1945, actes du colloque du Chambon-sur-Lignon, S.H.M., 1992, p. 699
Articles
BOLLE Pierre, « Protestants et Juifs dans la Seconde Guerre mondiale », Actes sous la direction de CABANEL Patrick et GERVEREAU Laurent, La Deuxième Guerre mondiale, des terres de refuge aux musées, 2003
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Déchéance et excommunication : des hérétiques aux terroristes,protestants,

27 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #politiques

MARTIN LUTHER A ÉTÉ EXCOMMUNIÉ EN 1521 - ICI PEINT PAR LUCAS CRANACH L'ANCIEN PEINT EN 1528 LUCAS CRANACH L'ANCIEN [DOMAINE PUBLIC], VIA WIKIMEDIA COMMONS
BIBLE & ACTUALITÉEXCLUSION 11 FÉVRIER 2016
Auteurs
Olivier Brès
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Déchéance et excommunication : des hérétiques aux terroristes


Dans ce texte, le pasteur Olivier Brès interroge notre volonté de prononcer au nom de nos valeurs républicaines une exclusion définitive de la nation.


Je suis un protestant, donc un hérétique, donc excommunié par l’Église catholique, hors de la communion et de la communauté de l’Église catholique. Je le savais, mais comme protestant cela ne m’importait pas beaucoup. Or j’ai découvert en lisant Wikipedia que des protestants excommuniaient toujours. Les réformés le faisaient du temps de Calvin et de Servet, et encore aujourd’hui certains groupes évangéliques usent de cette mesure d’exclusion.


Je suis allé sur Wikipedia parce que je me demandais quelles étaient véritablement l’histoire et la signification de l’excommunication. La question m’est venue à propos des discussions sur la déchéance de nationalité. Est-ce que nous devons entendre la déchéance de nationalité comme un équivalent de l’excommunication ? Est-ce que ce serait la traduction, civile et politique dans notre temps, des pratiques des Églises à l’époque où elles cherchaient à exercer une forme de pouvoir sur la société ? Est-ce que notre pays serait encore marqué par cette tradition de la mise à l’écart, de la répudiation de l’hérétique ?


Il y a un texte sur lequel s’appuient en général les pratiquants de l’excommunication, c’est celui de l’évangile de Matthieu (18,15-18). Il décrit les étapes à parcourir, les entretiens à proposer, individuellement puis à plusieurs, avant de pouvoir considérer « le frère qui a péché » comme « un incroyant » et un « collecteur d’impôts », c’est-à-dire de le mettre à distance.


Membres de notre humanité


Déjà il s’agit d’un « frère ». Voilà qui devrait au moins nous inciter à ne pas considérer les terroristes (que nous voudrions déchoir de notre nationalité) comme des « autres », radicalement distincts de nous, hors de notre humanité. Ils sont non seulement membres de notre humanité marquée par la violence et le mal, ils sont aussi les enfants de notre nation ou de notre société. Toute volonté d’effacer ce lien, de récuser une part de responsabilité dans ce qu’ils sont devenus, serait une illusion sur nous-mêmes.


Certains commentateurs de ce texte nous disent aussi que ce passage a été interprété abusivement comme une exclusion de l’Église, qu’il devrait être compris plutôt comme une mise en quarantaine, avant un éventuel changement. On peut en discuter.


En tout cas, les théoriciens catholiques de l’excommunication disent bien que, si celle-ci est une mise à l’écart de la communauté eucharistique, elle n’est pas un jugement définitif sur le salut éternel de l’excommunié. Il est seulement privé des biens spirituels de l’Église. Il est remis entre les mains de Dieu.


Voilà qui pourrait aussi interroger notre volonté de prononcer au nom de nos valeurs républicaines une exclusion définitive de la nation. S’il doit y avoir mise à l’écart de la société après condamnation judiciaire (ce qui ne fait pas de doute), doit-on considérer que la nation renonce à transmettre ou à rappeler ses valeurs à certains de ceux qui en sont membres de fait ?


Même s’ils le refusent d’une manière ou d’une autre ?


Nous devons nous poser cette question. Dans la mesure où l’absence de Dieu dans les représentations politiques de notre pays – que j’apprécie pleinement – ne permet plus de faire appel à une instance supérieure, il faut bien que la nation ou la République acceptent d’être cette instance qui assume d’accueillir ceux qui lui sont donnés.


Si nous ne le faisons pas, cela veut dire qu’il n’y a plus d’institutions appelées à construire la communion, à établir la fraternité, à faire société. Il n’y aurait plus de communion, de fraternité, de société possibles. Il n’y aurait que des individus en lutte contre d’autres, définitivement décidés à vivre séparés les uns des autres.
Ce n’est pas ce que nous indique le Christ de l’Évangile. Il va même jusqu’à appeler au pardon. Mais là, c’est une autre histoire !

http://reforme.net/une/religion/decheance-et-excommunication-heretiques-aux-terroristes

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Oui au combat de la police contre le fanatisme, non à la police de pensée,protestants,

25 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants

Oui au combat de la police contre le fanatisme, non à la police de pensée
Le Monde.fr | 28.01.2016 à 16h16
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Par François Clavairoly


Je ne pensais pas un jour écrire une telle tribune. Je n’imaginais pas comme président de la Fédération protestante de France, représentant la belle diversité spirituelle évangélique, pentecôtiste, baptiste et luthero-réformée, exprimer en quelques mots la question vive de ce temps qui est au cœur de polémiques et de querelles. De quoi s’agit-il ? De la compréhension même de ce qu’est la religion. J’en propose donc ici, un regard singulier, certes, mais légitime. Depuis de longues années, le protestantisme est la sentinelle, avec d’autres, d’une société toujours en mutation au plan éthique, juridique, et sur les sujets qu’on nomme sociétaux.


La défense de la liberté de conscience, l’exigence de solidarité avec ceux qu’on oublie sans même s’en rendre compte, l’éducation à la responsabilité citoyenne, tout cela est enraciné dans son histoire qui fait de ce protestantisme un agent certes bien modeste mais constructif et exigeant de la société. Et depuis 1905, faut-il encore le rappeler, il est un coproducteur de la laïcité et de la séparation des Églises et de l’Etat.


Aujourd’hui, pour le dire clairement, la question vive qui occupe le pays est celle du rapport blessé entre démocratie et spiritualité. Comment voyons-nous la question ? Les protestants se définissent volontiers comme chrétiens et à ce titre, ils revendiquent une identité multiple et une double citoyenneté : citoyens et chrétiens, citoyens de ce monde, de ce pays, et citoyens, déjà, du royaume, républicains et laïcs, laïcs et croyants, contrairement à ceux qui font équivaloir dans une confusion de la pensée laïcité et athéisme.


Je proteste donc contre ceux qui dénient à quiconque le fait et le droit d’assumer cette identité plurielle, et qui désirent hors d’un réel qui est pourtant bien là, une société neutralisée au plan religieux au prétexte séduisant qu’il y a effectivement des extrémistes violents et meurtriers. Le combat contre ceux-ci doit être mené, bien évidemment, et les protestants savent aussi par leur propre histoire douloureuse combien dangereux peut être le fanatisme intolérant qui veut imposer une seule foi. Ce combat appartient donc à la police, à la justice et même à l’armée. Mais pas à la police de quelque pensée que ce soit. Et le désir d’éradication ou d’émancipation du religieux, comme je l’ai entendu de la part d’un Grand Maître de loge, est une chimère affreuse, issue des controverses anciennes du XVIII siècle, bien avant que l’anthropologie, la philosophie, la sociologie religieuse et même la théologie nous aient appris que l’homme vit aussi d’espérances imprenables et traduit ses pensées par des symboles, des rites et des célébrations.


Ce désir forcené et inquiétant d’émanciper le citoyen et l’espace public du religieux, exprime à son tour, me semble-t-il, un fondamentalisme : la croyance infondée en un monde univoque, il décrit un être humain horizontal, quasi abstrait, sans que son regard s’élève et puisse se laisser rejoindre par une verticalité, une transcendance. Et surtout il induit la certitude que la religion est obscure. La religion, selon ce que je sais, est acte de lecture et de relecture (religere) des textes anciens. Elle est donc acte de raison autant que de critique. La raison, de la sorte, est sœur jumelle de la foi. Et le petit dernier de cette étrange famille, l’amour, a bien de la peine à se faire entendre dans ce débat houleux. Ratio, fides et caritas font une trinité féconde dont le triptyque républicain n’est pas si éloigné, si l’on veut bien y regarder de près.


J’atteste donc que le culte est au cœur de la culture, et que la religion ne peut être arrachée ou encore arasée sans que les hommes n’y perdent une part essentielle de leur identité.


Les Lumières, dont il faut lire et relire les auteurs - pour une belle part - protestants, au fond disent cela : c’est au croisement de la foi et de la raison que l’humain s’humanise. Quand la confiance en ce qui est bon et juste en lui se traduit dans la loi commune de la cité.
La spiritualité est une ressource pour la démocratie. Et la démocratie, le lieu le plus autorisé pour qu’elle s’y exprime librement mais sans jamais en saturer l’espace.


L’apprentissage du christianisme à la démocratie a été long et difficile. Celui de l’islam commence aussi très mal. Alors qu’il commence à chercher ses marques, ce n’est vraiment pas le moment de l’humilier. Il faut que la République laïque soit grande et, avec son autorité, comme elle le fait pour la formation de ses aumôniers et de ses imams, elle le considère non pas dans la haine mais dans le respect.


François Clavairoly est pasteur, président de la Fédération protestante de France


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Oui au combat de la police contre le fanatisme, non à la police de pensée,protestants,

25 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #politiques, #religion

Oui au combat de la police contre le fanatisme, non à la police de pensée
Le Monde.fr | 28.01.2016 à 16h16
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Par François Clavairoly


Je ne pensais pas un jour écrire une telle tribune. Je n’imaginais pas comme président de la Fédération protestante de France, représentant la belle diversité spirituelle évangélique, pentecôtiste, baptiste et luthero-réformée, exprimer en quelques mots la question vive de ce temps qui est au cœur de polémiques et de querelles. De quoi s’agit-il ? De la compréhension même de ce qu’est la religion. J’en propose donc ici, un regard singulier, certes, mais légitime. Depuis de longues années, le protestantisme est la sentinelle, avec d’autres, d’une société toujours en mutation au plan éthique, juridique, et sur les sujets qu’on nomme sociétaux.


La défense de la liberté de conscience, l’exigence de solidarité avec ceux qu’on oublie sans même s’en rendre compte, l’éducation à la responsabilité citoyenne, tout cela est enraciné dans son histoire qui fait de ce protestantisme un agent certes bien modeste mais constructif et exigeant de la société. Et depuis 1905, faut-il encore le rappeler, il est un coproducteur de la laïcité et de la séparation des Églises et de l’Etat.


Aujourd’hui, pour le dire clairement, la question vive qui occupe le pays est celle du rapport blessé entre démocratie et spiritualité. Comment voyons-nous la question ? Les protestants se définissent volontiers comme chrétiens et à ce titre, ils revendiquent une identité multiple et une double citoyenneté : citoyens et chrétiens, citoyens de ce monde, de ce pays, et citoyens, déjà, du royaume, républicains et laïcs, laïcs et croyants, contrairement à ceux qui font équivaloir dans une confusion de la pensée laïcité et athéisme.


Je proteste donc contre ceux qui dénient à quiconque le fait et le droit d’assumer cette identité plurielle, et qui désirent hors d’un réel qui est pourtant bien là, une société neutralisée au plan religieux au prétexte séduisant qu’il y a effectivement des extrémistes violents et meurtriers. Le combat contre ceux-ci doit être mené, bien évidemment, et les protestants savent aussi par leur propre histoire douloureuse combien dangereux peut être le fanatisme intolérant qui veut imposer une seule foi. Ce combat appartient donc à la police, à la justice et même à l’armée. Mais pas à la police de quelque pensée que ce soit. Et le désir d’éradication ou d’émancipation du religieux, comme je l’ai entendu de la part d’un Grand Maître de loge, est une chimère affreuse, issue des controverses anciennes du XVIII siècle, bien avant que l’anthropologie, la philosophie, la sociologie religieuse et même la théologie nous aient appris que l’homme vit aussi d’espérances imprenables et traduit ses pensées par des symboles, des rites et des célébrations.


Ce désir forcené et inquiétant d’émanciper le citoyen et l’espace public du religieux, exprime à son tour, me semble-t-il, un fondamentalisme : la croyance infondée en un monde univoque, il décrit un être humain horizontal, quasi abstrait, sans que son regard s’élève et puisse se laisser rejoindre par une verticalité, une transcendance. Et surtout il induit la certitude que la religion est obscure. La religion, selon ce que je sais, est acte de lecture et de relecture (religere) des textes anciens. Elle est donc acte de raison autant que de critique. La raison, de la sorte, est sœur jumelle de la foi. Et le petit dernier de cette étrange famille, l’amour, a bien de la peine à se faire entendre dans ce débat houleux. Ratio, fides et caritas font une trinité féconde dont le triptyque républicain n’est pas si éloigné, si l’on veut bien y regarder de près.


J’atteste donc que le culte est au cœur de la culture, et que la religion ne peut être arrachée ou encore arasée sans que les hommes n’y perdent une part essentielle de leur identité.


Les Lumières, dont il faut lire et relire les auteurs - pour une belle part - protestants, au fond disent cela : c’est au croisement de la foi et de la raison que l’humain s’humanise. Quand la confiance en ce qui est bon et juste en lui se traduit dans la loi commune de la cité.
La spiritualité est une ressource pour la démocratie. Et la démocratie, le lieu le plus autorisé pour qu’elle s’y exprime librement mais sans jamais en saturer l’espace.


L’apprentissage du christianisme à la démocratie a été long et difficile. Celui de l’islam commence aussi très mal. Alors qu’il commence à chercher ses marques, ce n’est vraiment pas le moment de l’humilier. Il faut que la République laïque soit grande et, avec son autorité, comme elle le fait pour la formation de ses aumôniers et de ses imams, elle le considère non pas dans la haine mais dans le respect.


François Clavairoly est pasteur, président de la Fédération protestante de France


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