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HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

Comment la Réforme a façonné la Suisse moderne,reforme,protestant,histoire,

3 Novembre 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #histoire, #reforme, #politiques

Comment la Réforme a façonné la Suisse moderne
HistoireBien au-delà des questions religieuses, la Réforme a influencé la construction politique de notre pays. Berne a eu une grande influence sur la conversion des cantons romands.
Ulrich Zwingli contestant les croyances à Zurich. En le suivant, les Alémaniques se sont éloignés du Saint Empire romain germanique. 
Ulrich Zwingli contestant les croyances à Zurich. En le suivant, les Alémaniques se sont éloignés du Saint Empire romain germanique.
Image: Getty Images
Par Lucie Monnat
Mis à jour à 06h44
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Les festivités européennes dédiées aux 500 ans de la Réforme, prévues pendant un an, débutent aujourd’hui à Genève en présence du conseiller fédéral Alain Berset. Une destination symbolique qui marque le caractère capital de la Réforme en Suisse. Ou, plus précisément, de la Réforme suisse.

Car, encore une fois, on peut parler de spécificité helvétique. «La Réforme suisse est née à Zurich avec Zwingli, en parallèle de celle lancée par Luther en Allemagne, souligne l’historien de la Réforme Fabrice Flückiger, chercheur à l’Université de Neuchâtel. Et si certaines bases sont les mêmes, les deux réformateurs étaient fondamentalement opposés sur certains points, notamment sur la définition du rôle de l’autorité civique dans la construction de la communauté chrétienne.»

Derrière le débat religieux, c’est bien un débat politique qui se noue. Pour Zwingli, la véritable Eglise se constitue d’une assemblée de fidèles, réunis par la volonté d’entendre et de faire respecter la Parole de Dieu. «Selon le réformateur zurichois, le système helvétique de l’époque, fondé sur la prise de décision en assemblée, est le plus susceptible de soutenir la parole du Seigneur, ajoute l’historien. Cette idée n’apparaît pas du tout chez Luther.»

Une conquête de territoire

La Réforme suisse est donc instaurée à Zurich (1524), puis gagne Berne dès 1528. Or, la conversion bernoise va jouer un rôle fondamental pour les futurs cantons romands. En 1536, Berne vient en aide à son alliée Genève, qui peine à calmer les appétits du duc de Savoie. Certes, Genève est passée du côté de la Réforme un an auparavant, mais la bonne action répond à d’autres intérêts: Berne rentre dans ses pénates après avoir prêté main-forte à la Cité de Calvin, mais reste sur les terres du Pays de Vaud. De cette façon, non seulement Berne s’attribue un territoire stratégique pour le commerce, mais il renforce ainsi sa position face aux cantons catholiques.

«Aucun canton n’a tenté d’imposer la Réforme ou le catholicisme à un autre par les armes. Les Confédérés ont eu conscience qu’un conflit interne menacerait leur liberté vis-à-vis de l’extérieur»
Entre-temps, Berne a mandaté dès 1530 Guillaume Farel, personnage-clé de l’arrivée du protestantisme en Suisse romande. Le théologien français, connu pour son caractère peu conciliant, est mandaté pour prêcher la «vraie foi» dans le Pays de Vaud et à Neuchâtel. «Ses prêches n’étaient évidemment pas toujours les bienvenus auprès de la population, raconte Fabrice Flückiger. Il y a même une légende qui raconte que Farel a été chassé à coups de pierres par les femmes du Landeron (NE).» Neuchâtel, alliée des Bernois, adopte malgré tout la Réforme de son plein gré par un vote à… 18 voix de majorité sur environ 2000 votants. Le Pays de Vaud, désormais sous le joug de Berne, n’a quant à lui guère eu le choix.

La Réforme n’a pas contre jamais pris dans certains cantons, à l’instar de Fribourg, pourtant voisin de Berne. Pourquoi? «Il est difficile de connaître les raisons exactes qui ont poussé certains cantons à refuser la Réforme et d’autres à l’adopter.»

Pas de conversion par la force

«Ce qui est sûr, c’est qu’aucun canton n’a tenté d’imposer la Réforme ou le catholicisme à un autre par les armes», explique Fabrice Flückiger. L’idée devait sûrement démanger certains à l’époque, mais des intérêts supérieurs l’ont emporté. «La Réforme de Zwingli arrive quinze ans seulement après la liberté acquise par les cantons suisses auprès de l’Empire des Habsbourg, poursuit l’historien. Les Confédérés ont eu conscience qu’un conflit interne menacerait leur liberté vis-à-vis de l’extérieur.»

Nous voici donc face aux prémisses d’une autre spécificité suisse, celle de la culture du compromis – même si elle s’applique avec quelques grincements de dents. Les deux guerres de Kappel, qui opposèrent cantons réformés et cantons catholiques en 1529 et 1531, n’ont ainsi duré que quelques jours. La Suisse s’est épargné des décennies de guerre religieuse à une époque où aucun autre pays ne tolérait une quelconque forme de mixité religieuse.

La Réforme comme ciment suisse

Pour Fabrice Flückiger, la décision des Helvètes de coexister malgré des fois différentes a consolidé la Confédération helvétique. Le journaliste et historien Christophe Büchi voit quant à lui un autre ciment apporté par la Réforme. «Pour Genève, elle marque un profond clivage avec la très catholique France, explique ce spécialiste des rapports entre Romands et Alémaniques. Cet éloignement se ressent évidemment dans la différence de confession mais également dans le rapport au travail, au commerce, à l’argent, et même dans la manière de parler.» De l’autre côté, les Alémaniques se sont éloignés du Saint Empire romain germanique en préférant Zwingli à Luther. En tournant le dos à leurs grands voisins, les deux régions se sont ainsi mieux fait face.

Christophe Büchi estime que la Réforme a fortement accompagné l’entrée des régions francophones dans le giron suisse, par exemple en rapprochant Genève et Lausanne de Zurich, Berne ou Bâle. Le clivage catholique-protestant a d’ailleurs longtemps supplanté le fossé linguistique. «Cette opposition s’est longtemps ressentie au niveau politique, jusque dans les années 60», explique le journaliste. Apparus au XIXe siècle, les camps libéraux et conservateurs s’apparentaient en général à ceux de la confession.

Avec la perte d’influence de la religion, l’homogénéisation des régions linguistiques et l’immigration, le lien confessionnel s’est peu à peu distendu. Les cantons sont en outre devenus bien plus hétérogènes au niveau de la religion. Pour Christophe Büchi, le fait que l’identité linguistique ait aujourd’hui pris le dessus représente cependant un danger de repli. «Nous devons résoudre la grande question de la gestion de nos diversités, conclut-il. Personnellement, je suis pour un patriotisme qui se base sur une adhésion à des valeurs communes.» (24 heures)

(Créé: 03.11.2016, 06h44)

http://www.24heures.ch/suisse/reforme-faconne-suisse-moderne/story/11639049?utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook

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