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HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

Les pasteurs protestants et le deuil des familles,protestants,reformes,familles,

27 Octobre 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #reforme, #familles,

C’EST EN SE TOURNANT VERS LES VIVANTS QUE LA RECONNAISSANCE PEUT SE MANIFESTER© STEPHEN RADFORD/UNSPLASH
DOSSIERDEUIL  27 OCTOBRE 2016
Auteurs
Claire Bernole
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Les pasteurs protestants et le deuil des familles

Les pasteurs en accompagnement de situations de deuil doivent s’adapter aux demandes des proches du défunt qui tendent parfois à s’éloigner de la liturgie protestante.

À noter

doorip.com
Accompagner une famille dans le deuil est toujours un moment d’une rare intensité partagé entre le pasteur et l’entourage du défunt. « Je n’ai pas de plaisir avec la mort mais je rencontre des gens que la souffrance rend fragiles, disponibles et vrais. Il y a peu d’endroits où il y a tellement de vérité et de fragilité qui ne se cache plus », confie Franck Nespoulet, pasteur de l’EPUdF, aumônier en maison de retraite à Lyon. Et Florence Blondon, pasteur de l’EPUdF à Paris, de renchérir en soulignant que « des choses essentielles se disent très rapidement, sur sa vie et sur celle du défunt ». En somme, la fin de vie condense tout ce qu’on peut dire sur la souffrance et l’humain en général, ainsi que le souligne le pasteur Charles, qui a eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises sur le sujet et dernièrement à l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne. Dès lors, savoir accueillir la tristesse, ne pas chercher à consoler de l’inconsolable mais se montrer à l’écoute, prendre le temps avec les proches, offrir des mots et des gestes justes… tout cela est indispensable.

Conscients de l’enjeu

Le moment consacré à la préparation de la cérémonie va jouer un rôle décisif pour la qualité de l’accompagnement pastoral. Le temps qui y est consacré varie beaucoup, parfois jusqu’à deux heures. Mais la plupart des pasteurs ne se confondent pas en calculs, ni avant ni après la cérémonie. Même si leur formation est relativement inégale pour gérer les situations de deuil, tous sont évidemment conscients de l’enjeu. « De tous les événements, le deuil est le plus sensible et le plus important, celui qu’il faut soigner le plus », insiste Régine Lehner, pasteur de l’UEPAL. Car contrairement au baptême ou au mariage, il n’y a pas de fête à l’arrière-plan.

À l’oreille du pasteur, on raconte la mort, on verbalise sa peine, sa colère, sa souffrance. La réponse est à la fois toujours la même, car la douleur n’a ni sexe, ni couleur, ni âge, ni graduation, et sans cesse à réinventer. Parfois, les parcours de vie ne sont pas limpides, le tissu familial a été déchiré, raccommodé… « Mon rôle est de mettre les personnes à l’aise, de les laisser parler sans les juger. On ne prépare pas seulement une cérémonie. Ce temps où on retrace le parcours fait du bien. Ce n’est pas du voyeurisme. En parlant de l’autre, les gens parlent d’eux », constate Philippe Gunther, pasteur de l’UEPAL pendant 35 ans. Aujourd’hui inspecteur ecclésiastique à Strasbourg, il rappelle que, bien souvent, le temps de l’entretien avec le pasteur est le premier moment où les familles peuvent enfin se poser après l’annonce du décès.

De plus en plus souvent, ces familles ont certes un lien avec le protestantisme, ne serait-ce que par le biais de la personne décédée, mais ne fréquentent pas le temple. Si la vérité de l’instant permet des échanges honnêtes et profonds même quand on ne se connaît pas, il faut toutefois composer une cérémonie avec des gens qui n’en ont plus les codes. Difficile quand ils ne connaissent ni
les textes bibliques ni les cantiques. La plupart du temps, ils demandent « quelque chose », « une petite bénédiction », comme le rapporte Philippe Gunther. Et si possible courte : 30 à 45 minutes, selon le lien du défunt avec la paroisse. Dans l’immense majorité des cas, la cérémonie ne se déroule plus qu’au temple, éventuellement au crématorium, et rien n’est organisé au cimetière.

En outre, plusieurs pasteurs remarquent une imprégnation de la pensée catholique, qui pousse à demander une cérémonie pour le mort ou à s’adresser au défunt. Or, la liturgie protestante est tournée vers les vivants et vers l’avenir. « Il est important de rappeler qu’il y a une espérance et que la mort n’est pas une fin en soi », insiste Pierre Unger, pasteur de l’UNEPREF dans les Cévennes. C’est parfois un défi de trouver la formule pour faire entendre une parole biblique d’espérance tout en laissant la place à des expressions parfois « un peu » de la foi, comme le dit Philippe Gunther. L’adaptation est alors au cœur de l’accompagnement.

« Chaque service est différent, personnalisé, bien qu’on suive le même cadre liturgique. Il faut que les gens se sentent accompagnés. J’essaie de donner un ton qui prend en compte le deuil et apporte une parole d’espérance », affirme Florence Blondon. Donner sens à ce qui se vit est sa priorité. Un jour, à la demande d’une jeune maman en deuil, elle trace un signe de croix sur les cercueils de jumeaux morts à la naissance. Le plus important, c’est de « rencontrer les gens là où ils sont et non d’appliquer le dogme stricto sensu », explique-t-elle. Régine Lehner, qui exerce en Moselle, raconte par ailleurs comment elle a organisé des cérémonies d’enterrement protestantes dans des églises catholiques, quand il n’y avait pas de temple ou pas d’édifice assez grand à disposition. Chacun estime la marge de liberté qui lui permet de répondre aux sollicitations des familles. Au final, même les personnes qui sont venues simplement « pour respecter le défunt découvrent quelque chose et ont de la reconnaissance », conclut Régine Lehner.

Quand les mots et les attitudes sont pensés pour être reçus par la famille endeuillée et faire du bien à tous, les réactions sont parfois étonnantes. Il arrivte que des personnes éloignées de l’Église y reviennent, voire s’y investissent. D’autres mettront beaucoup de temps à accepter la perte de l’être aimé. L’accompagnement après le deuil, qui n’est pas également pratiqué par tous les pasteurs, bien souvent faute de temps, est alors très utile.

doorip.com pour communiquer après un décès
Un nouveau service numérique vient d’émerger, complétant la prise en charge des obsèques par les pompes funèbres. Doorip.com répond à deux besoins. D’abord, communiquer à tous les contacts le lieu, le jour et l’heure des funérailles. D’autre part, rassembler les messages de condoléances mais aussi les souvenirs personnels et les photos que l’entourage voudra partager. Grâce à une page dédiée au défunt et sécurisée, ces éléments peuvent être réunis. Les informations pratiques sont ainsi transmises rapidement par courriel ou sms. L’interface, facile, sobre et personnalisée, permet à chacun de prendre le temps de réfléchir à l’hommage qu’il souhaite laisser et de rédiger son message à un moment choisi, éventuellement de faire un don en mémoire du défunt. Un service d’autant plus utile que les proches sont de plus en plus dispersés. Or, plus la distance sépare, plus on éprouve le besoin d’écrire pour être ensemble, comme le relève Clémentine Piazza. Cette ancienne directrice marketing d’un groupe du Cac 40 a rencontré beaucoup de familles avant de lancer sa start-up, en juillet. « Je suis convaincue que cela aide de ne pas enfermer le malheur en soi-même mais de le vivre », affirme-t-elle.

C. B.

http://reforme.net/une/religion/pasteurs-et-deuil-familles

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