Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

Contre le populisme,reforme, protestant,racisme,

10 Octobre 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #reforme, #protestants, #racisme

CAMP DE MIGRANTS À PARIS, DÉBUT SEPTEMBRE © ARNAUD JOURNOIS /PHOTOPQR/LE PARISIEN
BIBLE & ACTUALITÉSOCIÉTÉ 6 OCTOBRE 2016
Auteurs
Michel Bertrand
Imprimer
PDF
S'abonner
Envoyer






Contre le populisme


Comment résister aux tentations populistes et racistes ? La réponse du pasteur Michel Bertrand.


A regarder


Raz-de-marée des populismes, c'est le thème de l'émission Place des Protestants, diffusée dimanche 9 octobre de 10h à 10h30 sur France2.
Dans une récente enquête de L’Observatoire de la Démocratie (1), les Français disent à la fois leur attachement à cette forme de gouvernement et leur conviction qu’elle fonctionne mal. Ils considèrent même qu’elle est en danger. L’une des principales causes de cette crise serait « l’extrémisme, le populisme et la xénophobie ». Car la démocratie a besoin pour vivre que soient « respectées les libertés fondamentales ». C’est la condition pour « refaire société », c’est-à-dire vivre ensemble, sur la base d’une visée commune, dans le respect de la pluralité. Défi difficile à relever, notamment en ce moment, compte tenu des risques liés « au terrorisme, à l’islamisme, aux intégristes religieux », également pointés comme des raisons de fragilisation de la démocratie. Alimentée par ces menaces, la volonté d’écarter l’autre différent de la communauté nationale s’affirme comme une tendance lourde de nos sociétés occidentales.


On perçoit, de toutes parts, des attitudes de méfiance et des réactions de rejet à l’égard des réfugiés qui arrivent en Europe, pas seulement en Hongrie (malgré « l’échec » du référendum), mais encore ces jours-ci dans nos villes et nos villages, à la suite de la décision gouvernementale de démantèlement de la « jungle » de Calais ; même s’il faut aussi saluer les élans de générosité et d’accueil. Les expressions rigides et sectaires du laïcisme qui stigmatisent, excluent et voudraient réprimer les religions, expressions d’une relation à un Autre, notamment celles issues de la tradition musulmane.


Fièvre identitaire


La fièvre identitaire, alimentée par les médias, qui s’empare des politiques et de quelques intellectuels malheureux, et qui n’est souvent que le masque effrayant du racisme et de la xénophobie. Le recours à une histoire mythique comme source de légitimation d’une politique d’assimilation, méprisant les singularités culturelles ; option selon laquelle, pour faire société, il faudrait être tous pareils. Ces idéologies d’intolérance, loin de combattre le communautarisme comme elles le prétendent, ne peuvent que l’alimenter. Car les « autres différents », menacés et victimisés, sont alors tentés de se réfugier dans la sécurité de communautés qui ne rassemblent que des semblables.


Ces constats sont récurrents et risquent de tourner à l’impuissance incantatoire. Sauf qu’ils deviennent de plus en plus manifestes et avérés, polluant le débat public et alimentant des surenchères inquiétantes, pour le plus grand bénéfice des extrémismes. Il y a donc une responsabilité morale et citoyenne face à ceux qui aujourd’hui font du refus de l’autre leur fonds de commerce. Car, comme Paul Ricœur l’a montré (2), l’altérité est précieuse. L’autre extérieur à moi m’est indispensable pour me construire, me comprendre et me dire, dans une relation de réciprocité.


De cette altérité, l’étranger est, dans la Bible, une expression fondamentale. Cette réalité est au cœur de la mémoire du peuple d’Israël. Se souvenant qu’il a été étranger et esclave (3), il témoignera à son égard d’empathie et de sollicitude, d’hospitalité et de solidarité : « Tu aimeras l’étranger comme toi-même (4). » Mais la Bible montre également que la figure de l’étranger touche à la compréhension de l’existence du croyant devant Dieu. « Étranger sur la terre (5) », c’est d’un Autre qu’il reçoit le sens ultime de son existence, son identité et son salut. Luther parlera de la foi comme d’une confiance qui « nous arrache à nous-mêmes et nous établit hors de nous (6) ». Par conséquent, ceux qui vivent de ce qu’un Autre a fait pour eux sont particulièrement fondés à souligner la richesse de l’altérité et à la défendre.


Alors, au moment où se mettent en œuvre des décisions gouvernementales concernant les réfugiés, où l’Europe est tentée par le repli identitaire, où les prochaines échéances électorales suscitent débats et projets, il appartient aux Églises, aux paroisses, aux chrétiens, d’être vigilants, afin de résister, en parole et en actes, à toutes les formes d’exclusion. Toujours faire une place à l’autre et, notamment aujourd’hui, « pour les exilés : l’accueil d’abord ».


(1). www.institut-viavoice.com
(2). Soi-même comme un autre, Seuil, 1990.
(3). Ex.22,20 ; 23,8 ; Dt 5,15 ; 10,19 ; 24,22 ; 26,5.
(4). Lv 19,34.
(5). Hb 11,13 ; 13,14.
(6). Commentaire de l’épître aux Galates, Œuvres, tome XVI, Labor et Fides.

http://reforme.net/une/societe/contre-populisme

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article