Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
HISTOIRE DE FRANCE,HISTOIRE,POLITIQUE ET PROTESTANTISME

Déchéance et excommunication : des hérétiques aux terroristes,protestants,

27 Février 2016 , Rédigé par hugo Publié dans #protestants, #politiques

MARTIN LUTHER A ÉTÉ EXCOMMUNIÉ EN 1521 - ICI PEINT PAR LUCAS CRANACH L'ANCIEN PEINT EN 1528 LUCAS CRANACH L'ANCIEN [DOMAINE PUBLIC], VIA WIKIMEDIA COMMONS
BIBLE & ACTUALITÉEXCLUSION 11 FÉVRIER 2016
Auteurs
Olivier Brès
Imprimer
PDF
S'abonner
Achat au numéro
Envoyer






Déchéance et excommunication : des hérétiques aux terroristes


Dans ce texte, le pasteur Olivier Brès interroge notre volonté de prononcer au nom de nos valeurs républicaines une exclusion définitive de la nation.


Je suis un protestant, donc un hérétique, donc excommunié par l’Église catholique, hors de la communion et de la communauté de l’Église catholique. Je le savais, mais comme protestant cela ne m’importait pas beaucoup. Or j’ai découvert en lisant Wikipedia que des protestants excommuniaient toujours. Les réformés le faisaient du temps de Calvin et de Servet, et encore aujourd’hui certains groupes évangéliques usent de cette mesure d’exclusion.


Je suis allé sur Wikipedia parce que je me demandais quelles étaient véritablement l’histoire et la signification de l’excommunication. La question m’est venue à propos des discussions sur la déchéance de nationalité. Est-ce que nous devons entendre la déchéance de nationalité comme un équivalent de l’excommunication ? Est-ce que ce serait la traduction, civile et politique dans notre temps, des pratiques des Églises à l’époque où elles cherchaient à exercer une forme de pouvoir sur la société ? Est-ce que notre pays serait encore marqué par cette tradition de la mise à l’écart, de la répudiation de l’hérétique ?


Il y a un texte sur lequel s’appuient en général les pratiquants de l’excommunication, c’est celui de l’évangile de Matthieu (18,15-18). Il décrit les étapes à parcourir, les entretiens à proposer, individuellement puis à plusieurs, avant de pouvoir considérer « le frère qui a péché » comme « un incroyant » et un « collecteur d’impôts », c’est-à-dire de le mettre à distance.


Membres de notre humanité


Déjà il s’agit d’un « frère ». Voilà qui devrait au moins nous inciter à ne pas considérer les terroristes (que nous voudrions déchoir de notre nationalité) comme des « autres », radicalement distincts de nous, hors de notre humanité. Ils sont non seulement membres de notre humanité marquée par la violence et le mal, ils sont aussi les enfants de notre nation ou de notre société. Toute volonté d’effacer ce lien, de récuser une part de responsabilité dans ce qu’ils sont devenus, serait une illusion sur nous-mêmes.


Certains commentateurs de ce texte nous disent aussi que ce passage a été interprété abusivement comme une exclusion de l’Église, qu’il devrait être compris plutôt comme une mise en quarantaine, avant un éventuel changement. On peut en discuter.


En tout cas, les théoriciens catholiques de l’excommunication disent bien que, si celle-ci est une mise à l’écart de la communauté eucharistique, elle n’est pas un jugement définitif sur le salut éternel de l’excommunié. Il est seulement privé des biens spirituels de l’Église. Il est remis entre les mains de Dieu.


Voilà qui pourrait aussi interroger notre volonté de prononcer au nom de nos valeurs républicaines une exclusion définitive de la nation. S’il doit y avoir mise à l’écart de la société après condamnation judiciaire (ce qui ne fait pas de doute), doit-on considérer que la nation renonce à transmettre ou à rappeler ses valeurs à certains de ceux qui en sont membres de fait ?


Même s’ils le refusent d’une manière ou d’une autre ?


Nous devons nous poser cette question. Dans la mesure où l’absence de Dieu dans les représentations politiques de notre pays – que j’apprécie pleinement – ne permet plus de faire appel à une instance supérieure, il faut bien que la nation ou la République acceptent d’être cette instance qui assume d’accueillir ceux qui lui sont donnés.


Si nous ne le faisons pas, cela veut dire qu’il n’y a plus d’institutions appelées à construire la communion, à établir la fraternité, à faire société. Il n’y aurait plus de communion, de fraternité, de société possibles. Il n’y aurait que des individus en lutte contre d’autres, définitivement décidés à vivre séparés les uns des autres.
Ce n’est pas ce que nous indique le Christ de l’Évangile. Il va même jusqu’à appeler au pardon. Mais là, c’est une autre histoire !

http://reforme.net/une/religion/decheance-et-excommunication-heretiques-aux-terroristes

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article